
Note d'intention du réalisateur
Note d'intention de Guy Michaud, cinéaste, co-fondateur du projet
"C'est quoi qu'ils veulent les jeunes aujourd'hui?"...
La paix ! mondiale, ou presque.
Ils y croyaient dur comme fer, nos vieux,
qui pouvaient enfin engendrer
autre chose que de la chair à canon !
Ainsi sommes-nous nés, nous, les baby-boomers.
Puis vinrent les 30 glorieuses. L'abondance !
On pouvait découvrir le monde, partir à l'aventure.
Le conquérir, ce monde, par une révolution culturelle,
esthétique, politique, morale... un peu tout !
Un demi-siècle après, on s'interroge :
C'EST QUOI QU'ILS VEULENT LES JEUNES AUJOURD'HUI ?
série d’expressions personnelles en cinq actes (total 90’).
Cette série est animée par 38 jeunes personnages filmés en hiver 2002-2003,
puis en été 2017 (entre 9 et 22 ans au moment du tournage).
En arrivant devant la caméra, aucune, aucun ne connaissait les treize questions
qui allaient lui être posées, sur les choses de la vie et du monde !
La spontanéité de leurs réponses, la confiance qui régnait sur ces plateaux,
guidait l’expérience : on s’intéresse à moi, vraiment ?!...
Ainsi chacune, chacun joue son propre rôle, sans avoir le temps de composer...
au montage, apparaissaient une jeune humanité, de jeunes mentalités, un jeune
univers composé de visages et de voix, d’expressions et de mots sans fards.
QUEL BEAU MÉTIER !
Dès l’âge de quinze ans et demi, je me suis mis à fréquenter des plateaux
de télévision et de cinéma, invité par le réalisateur Michel Soutter : un débat
du dimanche, une retransmission de l’Orchestre de la Suisse Romande, plusieurs
dramatiques qu’il faisait pour la TSR, quelques tournages et salles de montage
de ses premiers films de cinéma. Tout jeune, je me baignais ainsi
sporadiquement dans le monde des grands, où je me plaisais bien... au point
qu’au moment de gagner ma vie, je m’y suis professionnalisé comme régisseur
(Pierre Matteuzzi, Alain Tanner, Luis Buñuel, Guy Hamilton, Jean-François
Amiguet, entre autres).
CINÉMA, THÉÂTRE, JEUNES
Mon premier film J’AI PEUR LA NUIT (14’), était une commande de la TSR
pour son émission LA LUCARNE OVALE, soirée intercontinentale consacrée à
l’adolescence. Il fut ainsi diffusé dans toute la francophonie, une nuit de 1978.
Mon deuxième film PEPE, CONTE VIDÉO POUR TOUS PUBLICS (60’), était adapté
d’un spectacle du clown tchèque Bolek Polivka qui mettait en scène un clown,
un enfant et une poule, survivants improbables d’une catastrophe mondiale
(à la TSR Noël 1981, puis SRT Grèce, YLE Finlande, édition VHS).
J’étais aussi devenu régisseur pour le Théâtre AmStramGram de Genève et son
Festival International de Spectacles pour Jeune Public, où se jouait PEPE.
Chaque été, je collaborais avec le Cours d’Initiation au Théâtre Claude Delon
qui enseignait jusqu’à une cinquantaine de jeunes de tous âges. Expérience
passionnante, car elle engageait davantage de talents que de moyens, pour
jouer Queneau, Jarry, Shakespeare, Brecht ou Musset...
Avec mon ami le chef opérateur Willy Rohrbach et la classe de son épouse Anne
(10-11 ans), nous réalisâmes un court-métrage scénarisé par les mômes :
L’AFFAIRE EST DANS LE SAC (thriller naïf, 15’, 1986, labo TSR, diffusion DRS).
Dans LE CIEL SOUS LES SKIS (75’, docudrame tourné en Valais en 1985),
un garçon de douze ans suit attentivement André Anzévui, skieur de l’extrême,
lors de sa périlleuse descente à ski de la Dent Blanche (4357 mètres).
LA MUSIQUE ENRICHIT LES MOEURS (52’, 2016), documentaire qui commémore
les cent ans de la fanfare L’Écho des Glaciers de notre village (Vex), raconte
comment la musique fut enseignée en tous temps, aux enfants dès leur plus
jeune âge.
PLUS DE VIE DANS L’ART, & PLUS D’ART DANS LA VIE
Après nombre de tournages dans treize pays, y compris films industriels
(Bosch, Sicpa) et publicités diverses, la quarantaine approchant j’ai changé
de vie. En compagnie de quelques personnes dont feu l’architecte Christian
Hunziker (Le Schtroumpf à Genève), nous conclûmes avec la Ville de Sion
un contrat de Droit de superficie sur le naguère Grand-Hôtel Beau-Séjour
aux Mayens-de-Sion (1896), abandonné de longue date sur sa superbe
esplanade en forêt, que nous rebaptisâmes Domaine la Pitrerie en 1990.
La Fondation pour plus de vie dans l’art, et plus d’art dans la vie y installa
un lieu de création géré par les artistes qui y travaillent. Le lieu est équipé
d’un petit théâtre, de studios son et image, d’ateliers, de cuisines, chambres,
bains et autres accessoires d’hébergement. Films, spectacles, concerts,
expositions, conférences de toutes sortes s’y créent et s’y donnent, dans
les conditions idylliques et ensoleillées du site.
ON FAIT QUOI QU’ON VEUT AVEC QUOI QU’ON A
Ayant ainsi tout sous la main, j’inventai la Compagnie On fait quoi qu’on veut
avec quoi qu’on a, pour faire des films avec « les enfants du quartier » –
voisins, vacanciers, amis d’un peu partout en fait !...
VRAI OU FAUX ? fut notre première expérience (20’, 2016). Cette fantaisie
en forme de jeu télévisé (le seul où tout le monde gagne !) tente de répondre
à la question du jour : qu’est-ce que le premier août ?... avec les moyens du
bord on s’y téléporte sur la Lune, au bon vieux temps des dinosaures,
jusqu’aux Mayens-de-Sion même...
POURQUOI CE FILM :
C’EST QUOI QU’ILS VEULENT LES JEUNES AUJOURD'HUI ?
L’été suivant, plutôt que d’une fiction j’avais envie d’en savoir davantage
de leurs points de vues, à nos mômes !...
Nous étions en 2017. En hiver 2002-3 j’avais déjà tourné une série d’interviews,
lors d’un vaste événement nommé PLANÈTE JEUNES organisé au CREM
de Martigny par la jeune Fondation Action Jeunesse. Puis, intrigué, j’y avais
ajouté quelques personnages de notre jeune entourage, en nos studios.
Et puis, le tourbillon de la vie m’a fait oublier l’aventure...
Un prémontage des rushes filmés à cette époque m’a convaincu : qu’allait-on
découvrir, en posant les mêmes questions aux jeunes, quatorze ans plus tard ?
TREIZE QUESTIONS
On s’intéresse à moi !?!... la caméra souvent stimule, plutôt qu’elle inhibe
la spontanéité. Surtout si de bonnes questions sont bien posées – dans notre
aventure, l’une après l’autre sans préparation. Confiance !
Ainsi surgit un jeune monde, mosaïque de réponses : expressions personnelles,
visages et voix pour parler des choses de la vie et du reste.
Surprise : pour discerner les mômes des deux époques, il a fallu montrer celles
et ceux de 2002-3 en noir et blanc. Peu de références historiques, aucune
scénographie, qu’est-ce qui a changé en quatorze ans ?
Le monde en treize questions ?... la douzième à propos des écrans, en 2002-3
je n’y pensais pas. Climat, démographie, en 2017 sont cités par nos jeunes.
La guerre, personne n’en veut !... quant au bonheur, l’amour, la paix, nous
les baby-boomers on chérissait les mêmes, déjà... c’est pas compliqué !
MONTAGE
Chaque acte commence par une courte histoire, en images et en mots, avec
un peu de musique. Comme des escales dans la croisière, avec des oeuvres
de grands maîtres ou des dessins d’enfants, des traces historiques attrapées
sur internet, des musiques et des sons venus de mes autres films...
Principalement : deux opus de feu mon ami le compositeur Heinz Reber, avec
qui j’avais déjà travaillé pour J’AI PEUR LA NUIT en 1978, et qui nous lègue
l’une de ses dernières maquettes réalisée à la Pitrerie ; des beatbox joués
par deux frères qui sont dans le film ; trois violoncelles (de la même famille),
enregistrés pour VRAI OU FAUX ?
Ainsi avant d’embarquer pour une nouvelle traversée, une brève narration
installe le décor. Ma voix au tout début, puis celles d’une ou l’autre des
personnages, dont le propos marque un temps fort et résonne, fait liaison entre
avant, et après.
Pour chaque question, j’ai gardé des réponses reçues, le plus possible : sans
craindre les redites (qui ont du sens, exprimées autrement !), voire banalités
(pas tant que ça !) qui apparaissent. Chaque scène répond au titre C’EST QUOI
QU’ILS VEULENT ? sous un autre angle, à partir d’un autre sujet, avec une
multitude de points de vues.
Pourtant la caméra est toujours la même, à la même place et sans décor,
chaque personnage filmé de la même façon, même axe. Juste le noir et blanc
et les couleurs pour distinguer les deux époques. Ainsi tout le récit, c’est eux !
Guy Michaud (17 ans en 1968)